32

 

Hela, 2727

 

La caravane tangeanta la courbure de la Voie, dépassant les cathédrales l’une après l’autre. Une machinerie monstrueuse dominait Rashmika. Elle était trop abasourdie pour tout voir, et ne recevait qu’une impression confuse de grandes machines gris foncé, élevées à une échelle inhumaine. Alors que la caravane se frayait un chemin entre elles, les cathédrales paraissaient complètement immobiles, comme enracinées dans le paysage, à l’instar des bâtiments qu’elle avait vus sur le plateau de Jarnsaxa. Sauf, bien sûr, que ces bâtiments étaient de vrais gratte-ciel, des doigts griffus pointés vers la face d’Haldora, et que cette immobilité n’était qu’une illusion due à la vitesse de la caravane. S’ils s’étaient arrêtés, Rashmika avait la certitude que l’une ou l’autre des caravanes leur aurait roulé dessus en quelques minutes.

On disait que les cathédrales ne s’arrêtaient jamais. On disait aussi qu’elles déviaient rarement de leur trajectoire, à moins qu’un obstacle ne soit trop important pour qu’elles puissent l’écraser en toute sécurité sous leurs mécanismes de traction.

La Voie était beaucoup plus étroite qu’elle ne s’y attendait. Elle se rappelait ce que le questeur Jones lui avait dit : elle ne faisait jamais plus de deux cents mètres de largeur, et généralement beaucoup moins. Les distances étaient difficiles à apprécier en l’absence de repères familiers, mais elle ne pensait pas que la Voie fasse plus d’une centaine de mètres de largeur en aucun point de ce tronçon. Certaines des plus grandes cathédrales étaient presque aussi larges, et occupaient toute la largeur de la Voie tels des crapauds mécaniques. Les plus petites pouvaient avancer à deux de front, mais une partie de leur superstructure dépassait des deux côtés de la Voie. Ce qui n’avait pas vraiment d’importance : à cet endroit, la Voie n’était qu’un ruban lisse, dégagé, posé sur l’étendue elle-même lisse et dégagée du plateau. N’importe laquelle des cathédrales aurait pu s’écarter du chemin damé et prendre le risque de s’engager sur le sol légèrement plus rocailleux des bas-côtés. Mais il était clair que personne n’avait l’intention de courir ce genre de risque, ce jour-là, et l’ordre relatif de la procession semblait devoir rester inchangé pour le moment. C’était comme ça que les choses marchaient normalement : les feintes, les tricheries, les joutes et généralement les mauvais tours dont on entendait parler dans les malterres étaient beaucoup plus l’exception que la règle, et Rashmika soupçonnait depuis longtemps que ces histoires prenaient une importance démesurée en remontant vers le nord.

Quoi qu’il en fût, pour le moment, les flottilles de cathédrales se traînaient le long de la Voie selon une formation plus ou moins fixe. Ces villes-États traversaient une période caractérisée plutôt par les échanges et la diplomatie que par le conflit. L’espionnage et les luttes d’influence n’en étaient sûrement pas exclus, et on devait tirer pas mal de plans sur la comète. Mais pour le moment, l’ambiance était à la cordialité édulcorée et à cette espèce de courtoisie crispée à laquelle on s’attendait généralement entre des rivaux historiques.

Ce qui convenait à Rashmika : il lui serait déjà assez difficile de s’intégrer dans l’équipe de la voirie sans avoir à gérer des crises et des complications supplémentaires.

On lui avait donné l’ordre de prendre ses affaires – ses maigres affaires – et de rester dans un véhicule de la caravane. La raison en devint vite évidente, lorsque la caravane se divisa en plusieurs tronçons. Rashmika regarda les gens du questeur sauter d’un véhicule à l’autre pour décrocher les broches d’accouplement et les cordons ombilicaux avec un mépris absolu du risque.

Les sous-caravanes, parfois encore composées de plusieurs véhicules, se dispersèrent pour rencontrer les plus grandes cathédrales, ou des groupes de cathédrales. À sa grande déception, le véhicule qu’on lui avait désigné partit tout seul de son côté. Elle n’était pas seule – il y avait une douzaine de pèlerins et de travailleurs migrants avec elle –, mais elle se dit que si une aussi petite portion de la caravane se dirigeait vers la Catherine de Fer, il y avait peu de chance qu’elle se révèle compter parmi les plus grandes cathédrales.

Enfin, comme l’avait dit le questeur, il fallait bien commencer par quelque chose.

Le véhicule s’éloigna rapidement des cathédrales majeures, en rebondissant et en tanguant dans les creux et les bosses qu’elles avaient laissés dans leur sillage.

— Dites, vous autres, fit-elle en se plantant devant ses compagnons de voyage, les mains sur les hanches. Laquelle de ces cathédrales est Notre-Dame de Morwenna ?

L’un de ses compagnons essuya une traînée de morve sur sa lèvre supérieure.

— Aucune de celles-là, mon chou.

— C’est forcément l’une d’elles, objecta-t-elle. C’est le plus gros rassemblement, le point stratégique…

— C’est bien le regroupement principal, mais personne n’a dit que la Morwenna en faisait partie.

— Me voilà bien renseignée !

— Écoutez-moi ça comme elle y va, la petite bêcheuse ! lança quelqu’un d’autre.

— Très bien, contra-t-elle. Si la Morwenna n’est pas là, où est-elle ?

— Pourquoi cela t’intéresse-t-il tellement ? renvoya son premier interlocuteur.

— C’est la plus vieille cathédrale de la Voie, répondit-elle. Quoi de plus normal que d’avoir envie de la voir ?

— Tout ce qu’on veut, nous, mon chou, c’est du boulot. Peu importe d’où il vient. C’est toujours la même vieille putain de glace qu’il faut déblayer.

— Eh bien, ça m’intéresse quand même, fit-elle.

— Ce n’est aucune de ces cathédrales, fit d’un ton ennuyé mais raisonnable une autre voix, celle d’un homme vautré sur une couchette, à l’arrière du groupe, une cigarette dans une main, l’autre enfoncée dans son pantalon où elle fouillait et grattouillait. C’est aucune de celles-là, mais on peut la voir.

— Où ça ?

— Là-bas, fillette.

Elle s’approcha de lui.

— Fais gaffe ! dit encore une voix. Il va te coller la gale !

Elle hésita. L’homme lui fit signe d’approcher, avec sa cigarette, et sortit son autre main de son pantalon. Elle était terminée par un crochet de métal rudimentaire. Il piqua sa cigarette dessus et esquissa un geste d’invite avec sa bonne main.

— Ça va, je pue un peu, mais je ne mords pas. Je veux juste vous montrer la Morwenna, c’est tout.

— Je sais, fit-elle en passant entre le magma des corps vautrés çà et là.

L’homme indiqua un petit hublot tout éraflé derrière lui. Il l’essuya avec sa manche.

— Regardez par là. On voit encore la pointe de la flèche.

Elle regarda, ne vit que le paysage.

— Je ne…

Le type lui prit le menton et lui tourna le visage dans la bonne direction. Il sentait le vinaigre.

— Là, fit-il. Entre ces falaises. Vous la voyez dépasser, non ?

— Il y a bien quelque chose qui dépasse, confirma une voix.

— Taisez-vous ! lança Rashmika.

Et sa voix devait avoir un accent spécial, parce qu’elle obtint l’effet recherché.

— Vous la voyez, maintenant ? demanda l’homme.

— Oui. Mais qu’est-ce qu’elle fait là-bas ? Elle n’a pas l’air d’être sur la Voie Permanente.

— Si, répondit l’homme. Mais pas sur la partie que nous suivons généralement.

— Elle ne le sait pas ? lança quelqu’un.

— Si je le savais, je ne vous le demanderais pas, rétorqua sèchement Rashmika.

— La Voie bifurque. Elle se divise, pas loin de là, reprit l’homme, du ton que l’on prend pour expliquer quelque chose à un enfant.

Elle décida qu’il ne lui plaisait vraiment pas, tout compte fait. Il l’aidait, mais la façon dont on aidait comptait aussi. Quelquefois, refuser de rendre service valait mieux que d’apporter son aide en bougonnant.

— Elle se divise en deux, répéta-t-il. La route que les cathédrales suivent normalement mène à l’Escalier du Diable…

— Je sais tout ça, dit-elle. Des rampes en zigzag, qui descendent le long des parois du gouffre. Les cathédrales les suivent jusqu’au fond, puis elles remontent de l’autre côté.

— Exact. Et vous savez où l’autre route les conduit ?

— Je suppose qu’elle emprunte le pont.

— Vous êtes une petite futée.

Elle s’écarta de la fenêtre.

— S’il y a un embranchement de la Voie qui mène du pont à cet endroit, pourquoi ne le suivons-nous pas ?

— Parce que, pour les caravanes, ce n’est pas la route la plus rapide. Les caravanes peuvent prendre des raccourcis, monter des pentes et négocier des virages serrés. Alors que les cathédrales, elles, elles doivent contourner tout ce qu’elles ne peuvent pas faire sauter. Et la route qui mène au pont n’est pas très bien entretenue. Vous n’avez peut-être même pas remarqué que c’était une partie de la Voie alors que vous étiez dessus.

— Alors la Morwenna va s’éloigner de plus en plus du principal regroupement de cathédrales ? avança-t-elle. Mais Haldora ne sera plus juste au-dessus ?

— Pas tout à fait, non, répondit l’homme en se grattant la joue avec son crochet, le métal faisant crisser sa barbe de deux jours. Mais l’Escalier du Diable n’est pas pile sur l’équateur non plus. Ils l’ont creusé là où ils pouvaient, pas là où il aurait dû être. Et puis, quand on descend l’Escalier du Diable, il y a des blocs de glace en surplomb, ce qui empêche les Observateurs de voir la planète. De plus, l’Escalier est l’endroit où les cathédrales ont les meilleures chances de se dépasser. Et si l’une d’elles réussissait à franchir le pont, elle prendrait tellement d’avance sur les autres qu’elle devrait s’arrêter pour se laisser rejoindre. Après ça, rien ne la dépasserait plus jamais. On pourrait toujours en faire d’aussi grosses qu’on voudrait. Peu importerait la gloire d’avoir traversé le pont : elle régnerait sur la Voie.

— Mais aucune cathédrale n’a jamais franchi le pont. Je sais qu’il y en a une qui a essayé, une fois, mais…

Elle se rappelait le cratère de ruines qu’elle avait vu du toit de la caravane.

— Personne n’a jamais dit que ce n’était pas de la folie, mon chou, mais ça, c’est notre bon vieux doyen Quaiche tout craché, avec ses yeux en boule de loto. Vous devriez vous réjouir de vous retrouver dans la Katy de Fer. On dit que les rats ont déjà commencé à quitter la Morwenna…

— Le doyen doit penser qu’il a une bonne chance d’y arriver, commenta-t-elle.

— Ou bien c’est qu’il est dingue, fit l’homme avec un sourire qui dévoila ses dents, des dents jaunes qui ressemblaient à des pierres tombales. À vous de choisir.

— Je m’en garderai bien, répondit-elle. Et pourquoi dites-vous qu’il a les yeux en boule de loto ?

Il y eut un éclat de rire général. L’un des hommes se fit des lunettes avec les deux mains.

— Elle a beaucoup à apprendre, la gamine, fit quelqu’un.

 

 

La Catherine de Fer était l’une des plus petites cathédrales de la procession. Elle avançait seule, à quelques kilomètres à l’arrière du peloton. Il y en avait encore d’autres derrière, mais ce n’étaient que des flèches sur l’horizon. Elles se démenaient probablement pour rattraper les autres, déterminées à se rapprocher le plus possible du point abstrait qui se déplaçait sur la Voie, et qui correspondait à la position où Haldora était exactement au zénith. La honte ultime, pour une cathédrale, était de prendre tellement de retard que même un observateur distrait se serait aperçu qu’Haldora n’était pas tout à fait à la verticale. Il y avait encore pire – tellement pire que c’en était indicible –, c’était de perdre complètement Haldora de vue. Ça, c’était la honte ultime. C’était pour ça qu’on prenait tellement au sérieux le travail des équipes de la voirie. Une journée de retard par-ci par-là n’était rien, mais beaucoup de retards de ce genre pouvaient avoir un effet catastrophique sur l’avance d’une cathédrale.

Le véhicule de Rashmika ralentit en approchant de la Catherine de Fer, puis il décrivit une courbe afin de l’aborder par l’arrière. Le détour partiel lui offrit une excellente vue de l’endroit qui serait son nouveau foyer. Si petite que soit la cathédrale à laquelle elle avait été assignée, elle ne différait guère de leur style général.

La base aplatie de l’édifice était un rectangle d’une trentaine de mètres de largeur et d’une centaine de longueur. Au-dessus de cette base se dressait la superstructure ; en dessous, le grossier ensemble de moteurs et de systèmes de traction était partiellement dissimulé par des jupes de métal. La cathédrale avançait sur la Voie grâce à de nombreux ensembles de chenillettes parallèles. En plusieurs endroits, des unités de traction complètes étaient surélevées à une dizaine de mètres au-dessus de la glace. Des travailleurs en scaphandre pressurisé étaient accrochés par des harnais sous les plaques immobiles des patins propulseurs afin de les réparer. Leurs chalumeaux de soudure et de découpe lançaient de jolies flammes bleu violacé. Rashmika ne s’était jamais demandé comment les cathédrales géraient les problèmes de maintenance, et la brutalité pure, implacable, de la solution – il suffisait de réparer la machinerie de traction alors que la cathédrale était en mouvement – l’impressionnait.

Tout autour de la cathédrale, maintenant qu’elle y faisait attention, elle remarquait ce genre d’activité ; sur presque toute la superstructure on voyait des traces d’échafaudages, et partout où portait le regard, de petites silhouettes étaient en train de travailler. La façon dont elles sortaient et rentraient dans les trappes, très haut au-dessus du sol, faisait penser à des automates d’horloge.

Au-dessus de la base plate, la cathédrale se conformait plus ou moins aux attentes architecturales classiques. Le plan de la cathédrale était à peu de choses près en forme de croix, avec une longue nef, deux transepts plus ramassés, qui dépassaient de chaque côté, et une plus petite chapelle à la tête de la croix. Une tour de section carrée, aux parois striées, partait de l’intersection entre la nef et les transepts. Elle montait sur une centaine de mètres – à peu près la longueur de la cathédrale – avant de s’effiler en une flèche à quatre côtés qui faisait encore cinquante mètres de hauteur. Tout en haut était fixé un ensemble de paraboles de communication et de miroirs de sémaphore. Une douzaine d’arcs-boutants constitués de pièces de ferronnerie squelettiques partaient de la base de traction, s’inclinaient vers l’intérieur et se rejoignaient à la partie supérieure de la nef. Il en manquait apparemment un ou deux, et d’autres étaient incomplets. En réalité, l’ensemble de la cathédrale avait quelque chose d’improvisé ; ses différents éléments architecturaux étaient juxtaposés sans grand souci d’harmonie. Des sections entières semblaient avoir été remplacées en toute hâte, ou au moindre coût – ou une combinaison des deux. La flèche paraissait légèrement inclinée par rapport à la verticale. Elle était soutenue d’un côté par un échafaudage.

Rashmika ne savait pas si elle devait se sentir soulagée ou attristée. À ce stade, sachant ce qu’elle connaissait des plans du doyen Quaiche pour la Morwenna, elle se réjouissait de ne pas y avoir été assignée. Elle pouvait entretenir tous les fantasmes qu’elle voulait, elle n’avait aucune chance de sauver son frère avant que la Morwenna n’arrive au pont. Elle aurait de la chance si, à ce moment-là, elle avait réussi à infiltrer un niveau quelconque de la hiérarchie de la cathédrale.

Elle tournait et retournait la notion d’infiltration dans sa tête. C’était comme si elle était entrée en résonance avec une fibre intime et personnelle, aussi profondément enfouie en elle que la moelle de ses os. Pourquoi cette idée prenait-elle soudain une force, une importance aussi grande ? Et pourquoi cette sensation d’immédiateté ? Sa mission, depuis qu’elle avait quitté son village et entrepris de rejoindre la caravane, était une mission d’infiltration. La stratégie qui consistait à gravir les échelons dans la hiérarchie de la cathédrale jusqu’à ce qu’elle ait repéré Harbin n’était qu’un aspect plus récent, et plus dangereux, de l’entreprise dans laquelle elle était déjà embarquée. Elle avait entamé la première étape quand elle avait appris que la caravane passait si près des malterres, il y avait plusieurs semaines de cela.

En réalité, ça avait commencé plus tôt.

Beaucoup plus tôt.

Rashmika avait une impression de vertige. Elle avait eu une illumination, il y avait eu un soudain instant de clarté, comme si une porte s’était ouverte et aussitôt refermée. Et c’était elle qui l’avait refermée, comme on claque une porte sur un bruit trop fort, ou une lumière aveuglante. Elle avait entrevu un plan – un schéma d’infiltration – extérieur à celui qu’elle pensait connaître. Extérieur et l’enveloppant entièrement. Un schéma d’infiltration tellement immense, tellement ambitieux, que même cette traversée d’Hela n’était qu’un chapitre dans une entreprise infiniment plus longue.

Et dans ce plan, elle n’était pas simplement une marionnette, mais aussi la marionnettiste. Une pensée brillait en elle avec une clarté pénible : C’est toi qui l’auras voulu. C’est toi qui auras voulu que ça arrive.

Elle s’obligea à détacher son esprit de cette ligne de pensée. Au prix d’un effort de volonté, elle se força à revenir aux affaires immédiates de la cathédrale. Un moment d’inattention, une absence à cet instant pouvait tout faire capoter.

Une ombre tomba sur le véhicule. Elle était sous la Catherine de Fer, entre deux grandes rangées de chenilles. Les roues et les différents éléments de traction se déplaçaient avec une lenteur inexorable, inéluctable. Peu importaient ses absences : c’était au navigateur qu’elle devait faire confiance, à présent.

Elle se dirigea vers l’autre côté de la cabine. De la partie inférieure de la cathédrale sortit une passerelle qui se déplia. Les bords étaient garnis de lumières rouges, clignotantes. La partie inférieure de la rampe racla le sol, laissant une trace lisse dans son sillage. La sous-caravane s’engagea sur la pente. Les roues patinèrent un instant, puis elles mordirent sur le sol et la colonne gravit la rampe. Rashmika agrippa une poignée alors que le véhicule commençait l’escalade. La pente était raide. La carcasse métallique de la cabine transmettait les pénibles vibrations du moteur.

Ils arrivèrent bientôt dans une zone de réception mal éclairée. Le véhicule de la sous-caravane se redressa. Quelques véhicules étaient déjà garés là, ainsi qu’une grande quantité de matériel non identifié, à l’air vétuste. Des silhouettes se déplaçaient dans des combinaisons pressurisées. Trois personnes travaillaient sur un sas ombilical, sur le côté de la sous-caravane, s’interrogeant sur l’interconnexion comme s’ils n’avaient jamais fait ça auparavant.

Puis Rashmika entendit des coups sourds, des sifflements et enfin des voix. Ses compagnons commencèrent à se lever et à rassembler leurs affaires. Elle ramassa son propre balluchon et s’apprêta à les suivre. Pendant un moment, il ne se passa rien. Les voix devinrent plus fortes, comme s’il y avait une dispute. Elle s’approcha de la fenêtre, d’où elle avait une meilleure vue de ce qui se passait au-dehors. Dans la partie dépressurisée de la soute se trouvait une silhouette debout, immobile. Derrière la visière du casque rococo, elle entrevit un visage masculin ; l’expression était atone, mais la face ne lui était pas complètement étrangère.

L’homme observait le déroulement des opérations, une main posée sur le pommeau d’une canne.

Le vacarme se poursuivit quelques instants puis s’estompa, et les compagnons de Rashmika pénétrèrent dans le sas en traînant les pieds, tout en revêtant les casques de leurs scaphandres. Ils avaient l’air beaucoup moins vivants que cinq minutes auparavant. En arrivant à la Catherine de Fer, ils avaient achevé leur voyage. Et à en juger par leur expression, ce réduit sinistre, mal éclairé, plein de fourbi et d’ouvriers à l’air las, n’était pas tout à fait ce qu’ils avaient imaginé quand ils étaient partis à l’aventure. Cela dit, elle se souvenait de ce que lui avait dit le questeur : le doyen de la Katy de Fer était un homme juste, qui traitait bien ses pèlerins et ses collaborateurs. Au fond, ils pouvaient s’estimer heureux. Mieux valait être dans une cathédrale décrépite dirigée par un homme de qualité que dans la maison de fous qu’était la Morwenna, même si c’était à la Morwenna qu’elle devait se rendre en fin de compte.

Elle était arrivée à la porte quand un bras se tendit devant elle, lui barrant le chemin. Elle regarda dans les yeux un gros fonctionnaire adventiste au visage adipeux.

— Rashmika Els ? demanda l’homme.

— Oui.

— Il y a eu un changement de programme, dit-il. Vous devez rester à bord de la caravane.

 

 

Ils lui firent quitter la Catherine de Fer, et la route lisse de la Voie Permanente. Elle était la seule passagère de la sous-caravane, en dehors de l’homme à la canne. Il n’avait même pas enlevé le casque de son scaphandre, et il tapotait le bout de sa canne sur le talon de sa botte. La plupart du temps, son visage lui était invisible.

Le véhicule rebondit pendant de longues minutes sur la glace irrégulière, tandis que l’amas principal de cathédrales reculait dans le lointain.

— Nous allons vers la Morwenna, n’est-ce pas ? demanda Rashmika sans trop attendre de réponse.

Elle n’en reçut pas. L’homme se contenta de serrer plus fortement le pommeau de sa canne et d’incliner la tête de sorte que le reflet des lumières sur sa visière lui faisait un masque rigoureusement impénétrable. Le temps qu’ils retrouvent une route plus lisse. Rashmika se sentait un peu malade. Ils s’approchèrent de la cathédrale par le côté. Ce n’était pas seulement le mouvement de la sous-unité de la caravane qui lui donnait mal au cœur, mais aussi l’impression nauséeuse de s’être fait piéger. Elle voulait s’introduire dans la Morwenna. Elle ne voulait pas que la Morwenna l’attire en elle contre sa volonté.

Le véhicule s’arrêta près de la montagne en lente progression qu’était la cathédrale. Alors que la Catherine de Fer faisait lentement le tour d’Hela sur des chenillettes, la Morwenna marchait : elle se propulsait sur vingt immenses pieds trapézoïdaux en deux rangées parallèles de dix, chaque rangée faisant deux cents mètres de longueur. La masse entière de la structure principale, qui s’élevait à une hauteur prodigieuse, était reliée aux pieds par d’énormes colonnes télescopiques intégrées dans les arcs-boutants de la cathédrale. En fait, ce n’étaient pas vraiment des arcs-boutants mais plutôt les pattes auxquelles étaient fixés les pieds : des choses complexes, d’une brutalité toute mécanique, hérissées de pistons et d’articulations, veinées de câbles et de fils d’alimentation épais, segmentés. Ils étaient mus par des puits mobiles qui sortaient des parois de la structure principale comme les rames horizontales d’une galère propulsée par des esclaves. Chaque pied se soulevait à tour de rôle de trois ou quatre mètres au-dessus de la surface de la Voie, avançait légèrement et retombait lentement sur le sol. Le résultat était que toute la structure glissait en douceur à la vitesse d’un tiers de mètre à la seconde.

Rashmika savait qu’elle était très vieille. Elle avait germé à partir d’une petite graine semée lors des premiers temps de la colonie humaine d’Hela. Partout où elle portait le regard, elle voyait des indications de dégâts et de réparation, de reconfiguration et d’expansion. C’était moins un bâtiment qu’une ville, qui aurait été soumise à de grandioses projets d’urbanisme et à des schémas d’amélioration urbaine qui tous avaient bouleversé le plan primitif. Une population rampante de formes sculpturales grouillait parmi les machines, coexistant avec elles : gargouilles et griffons, dragons et démons, faciès de maçonnerie sculptée ou de métal soudé. Certains étaient animés, le mouvement induit par les mécanismes des pattes, de sorte que les mâchoires des silhouettes sculptées ouvraient la bouche et la refermaient à chaque pas que faisait la cathédrale.

Elle se démancha le cou pour voir les vitraux du véhicule. L’immense hall de la cathédrale montait bien au-dessus du point où les arcs-boutants articulés s’incurvaient pour se rejoindre. D’énormes vitraux de verre multicolore reproduisaient la face d’Haldora. Il y avait des protubérances de maçonnerie et de métal coiffées par des griffons accroupis ou d’autres créatures héraldiques. Et puis il y avait la Tour de l’Horloge, à côté de laquelle même le hall paraissait petit, comme un doigt de fer chancelant, plus haute qu’aucune structure que Rashmika eût jamais vue. Elle lisait l’histoire de la cathédrale dans sa tour, avec ses strates de croissance visibles à l’œil nu, montrant comment l’immense structure avait grandi pour atteindre sa taille actuelle. Il y avait des folies et des projets abandonnés, des ébauches de constructions qui ne menaient nulle part. Il y avait d’étranges nivellements à des endroits où la spire donnait l’impression d’avoir été effilée, comme pour se terminer là, avant de continuer vers le haut sur une centaine de mètres encore. Et quelque part, toujours plus haut – difficile de la voir plus précisément sous cet angle –, une coupole où brillaient les inévitables lumières jaunes des endroits habités.

Le véhicule de la caravane tangua et se rapprocha de la rangée de pieds qui martelaient le sol au ralenti. Il y eut un choc métallique, et ils furent soulevés d’un coup, exactement comme le tasse-neige de Crozet l’avait été par la caravane.

L’homme au scaphandre pressurisé commença à ouvrir les fixations de son casque avec une sorte d’application maniaque, comme si cette opération était une pénitence en soi.

Il ôta son casque, passa sa main gantée dans ses cheveux blancs, les faisant se redresser à la verticale sur son crâne. Il était coiffé en brosse, mais une brosse parfaitement plane, coupée avec une précision géométrique. Il se tourna vers elle. Elle découvrit un long visage aux traits plats, qui lui rappelèrent une face de bulldog. Rashmika fut alors certaine d’avoir déjà vu cet homme, mais pour le moment, c’était tout ce dont elle se souvenait.

— Mademoiselle Els, bienvenue à Notre-Dame de Morwenna, dit-il.

— Je ne sais ni qui vous êtes, ni pourquoi je suis ici.

— Je suis le chirurgien général Grelier, dit-il. Et vous êtes ici parce que nous voulons que vous y soyez.

Quoi que cela puisse bien vouloir dire, il disait la vérité.

— Maintenant, venez avec moi, dit-il. Je voudrais vous faire rencontrer quelqu’un. Et puis nous discuterons des termes de votre engagement.

— Mon engagement ?

— C’est pour travailler que vous êtes venue ici, non ?

Elle hocha faiblement la tête.

— Oui.

— Alors nous avons peut-être un travail à vous proposer qui serait tout à fait dans vos cordes.

Le Gouffre de l'Absolution
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